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Le mystère des chèvres qui prospèrent depuis plus de 200 ans sur une île sans eau douce

  • 01 juil. 2026 15:04

Sur l’île de Santa Bárbara, un troupeau de chèvres survit depuis 200 ans sans eau douce. Des scientifiques brésiliens étudient désormais l'ADN unique de ces animaux, qui pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte contre la sécheresse. 

Une extraordinaire anomalie évolutive est en train de secouer la communauté scientifique internationale au large des côtes du Brésil. Un troupeau de chèvres est parvenu à survivre et à prospérer pendant plus de deux siècles sur l’île volcanique de Santa Bárbara, la plus grande de l’archipel d’Abrolhos, située à environ 70 kilomètres des côtes de Bahia. La particularité biologique réside dans le fait que cette bande de terre, sèche et constamment battue par les vents, est totalement dépourvue de sources d’eau douce.

Initialement laissés par les colonisateurs européens comme réserve alimentaire d’urgence lors des premières expéditions maritimes, les animaux ont défié les lois de la nature. En plusieurs décennies de suivi scientifique, aucun chercheur n’a jamais vu un seul spécimen boire. Un phénomène qui soulève des questions sur une possible adaptation à l’eau de mer ou sur la consommation systématique de la beldroega (pourpier), une plante locale gorgée de liquide.

Le plan d’évacuation pour sauver l’écosystème

En dépit de l’état de santé exceptionnel du troupeau, caractérisé par de fréquentes naissances de jumeaux, leur présence est devenue insoutenable pour la biodiversité locale. L’Institut Chico Mendes pour la Conservation de la Biodiversité (ICMBio), dirigé par le responsable du parc Erismar Rocha, a finalisé le transfert définitif des 27 derniers spécimens présents.

Cette opération d'évacuation écologique, planifiée en 2023, a été menée en collaboration avec la Marine militaire brésilienne et l’Agence de défense agricole de Bahia (Adab). Le commandant Douglas Luiz da Silva Pereira a coordonné les opérations logistiques, justifiant ce retrait par la nécessité de protéger sept espèces rares d’oiseaux marins nicheurs, dont les œufs et les nids étaient piétinés par le bétail.

Un trésor génétique face à la sécheresse mondiale

Le transfert n’a cependant pas entraîné l’abattage des animaux, considérés par les experts comme un véritable trésor génétique. Vingt et un spécimens ont été pris en charge par l’Université d’État du Sud-Ouest de Bahia (Uesb) et par la société de recherche Embrapa, où ils ont été placés en quarantaine sous la supervision du professeur Ronaldo Vasconcelos.

Les scientifiques ont l'intention de cartographier l’architecture chromosomique de cette population afin d’isoler les gènes responsables de l’extrême tolérance à la déshydratation. L’objectif final est de créer des banques de semence et de transmettre ces caractéristiques héréditaires uniques aux petits éleveurs de la Caatinga, la région semi-aride brésilienne. Cela fournirait une arme biologique décisive pour garantir la subsistance alimentaire face à l’assèchement progressif causé par les changements climatiques.

Source : Chico Mendes Institute for Biodiversity Conservation / Agenzia di Stampa Marittima

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