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Les cormorans dans le viseur de l’Europe : 10 pays veulent autoriser leur abattage pour protéger la pêche

  • 12 juil. 2026 13:47

Le cormoran se retrouve à nouveau au cœur des tensions en Europe. Dix pays réclament une réduction de sa protection et un élargissement des abattages afin de préserver la pêche et l’aquaculture, alors même que l’espèce avait déjà frôlé l’extinction.

Pendant des décennies, le cormoran a été l’un des symboles de la faune européenne menacée par l’homme. Entre la chasse intensive, la pollution et les pesticides, cette espèce est, dans les années soixante-dix, passée à deux doigts de la disparition dans de nombreuses régions du continent. La donne a changé en 1979 avec l’adoption de la directive Oiseaux de l’Union européenne, l’un des tout premiers grands outils de protection de la biodiversité.

Depuis, la population de cormorans a connu une croissance constante. Selon les estimations rapportées dans le débat européen, elle est passée de moins de 50 000 individus à près de 2 millions d’oiseaux, répartis entre lacs, rivières, zones côtières et milieux humides. Un succès en matière de conservation qui est, paradoxalement, devenu la source d'une nouvelle controverse.

La demande des dix pays européens

La question est arrivée à Bruxelles par le biais d’une lettre adressée à la commissaire européenne à l’Environnement. Elle a été signée par les représentants de l’Estonie, la Suède, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie, la Croatie, la Pologne, la République tchèque et la Roumanie, qui réclament une révision du statut de protection de l’espèce.

Selon les signataires, l’augmentation du nombre de cormorans aurait causé des dégâts croissants à la pêche professionnelle et aux exploitations d’aquaculture. D’après leur évaluation, chaque individu consommerait jusqu’à 180 kilos de poisson par an, entraînant des pertes économiques estimées à environ 350 millions d’euros pour le secteur de la pêche en Europe.

L’objectif affiché est de ramener la population à des niveaux jugés "écologiquement et économiquement viables", ouvrant ainsi la voie à des formes de régulation plus larges, y compris la possibilité d’abattages réguliers.

Le camp des opposants : "Ce n’est pas une solution"

La proposition s'est toutefois heurtée à une vive opposition de la part des associations environnementales et d’une partie de la communauté scientifique. De nombreux experts rappellent que le cormoran incarne l'un des plus beaux succès de restauration de la faune sauvage européenne et qu’un affaiblissement de sa protection pourrait créer un précédent dangereux.

Plusieurs études citées soulignent par ailleurs que les dommages importants causés aux populations de poissons se limitent principalement à des contextes spécifiques, tels que les petits cours d’eau ou les élevages intensifs, alors que dans les grands écosystèmes naturels, l’impact serait bien plus modéré.

Les écologistes rappellent également que la réglementation européenne autorise déjà des dérogations et des interventions ciblées lorsque des dégâts concrets sont avérés. Pour cette raison, ils jugent disproportionnée une réduction généralisée des niveaux de protection.

"Ce n’est pas ainsi que le problème sera réglé"

Le bras de fer autour du cormoran intervient après celui qui a touché d’autres espèces protégées, comme le loup, et pourrait avoir des conséquences bien plus vastes. Si Bruxelles venait à accepter les demandes des dix pays, un nouveau chapitre s’ouvrirait dans les relations entre protection de la nature, intérêts économiques et gestion de la faune sauvage.

La question ne peut toutefois pas être abordée sous le seul angle de l’abattage des animaux. Réduire la protection risque de détourner l’attention des causes structurelles, telles que la gestion des écosystèmes aquatiques et des activités de production, au profit d’une solution immédiate mais peu efficace sur le long terme.

Il revient désormais à la Commission européenne d'examiner ce dossier complexe, qui pourrait faire jurisprudence pour la gestion future de la faune sauvage en Europe.

Source : Union européenne

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