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La Provence perd ses champs de lavande, remplacés par des élevages de 25 000 poules pondeuses

  • 07 juil. 2026 13:34

Les champs violets de Provence comptent parmi les images les plus reconnaissables de la France. Chaque été, ils attirent des milliers de touristes du monde entier, transformant le plateau de Valensole en une destination emblématique faite de parfums, de couleurs et de photos de carte postale. Mais derrière ce paysage se cache une crise agricole qui est en train de changer le visage de la région.

De plus en plus d’agriculteurs abandonnent en effet la culture de la lavande pour se consacrer à l’élevage de poules pondeuses. Une transformation qui découle de raisons économiques, mais qui soulève aussi des interrogations sur l’avenir du territoire, de la biodiversité et du modèle agricole local.

La crise de "l’or bleu"

Pendant des décennies, la lavande a représenté l’une des productions les plus rentables de la Provence. Le lavandin en particulier, une variété hybride utilisée pour la production d’huiles essentielles destinées à l’industrie des détergents et des produits ménagers, a garanti des revenus importants aux agriculteurs de la région.

Ces dernières années, le secteur a pourtant rencontré des difficultés. L’extension des surfaces cultivées et la croissance de la production mondiale ont provoqué une forte surproduction, entraînant une chute des prix. De nombreuses exploitations agricoles travaillent aujourd’hui avec des marges toujours plus réduites et peinent à assurer la relève générationnelle.

"Nous ne pouvions pas demander à nos enfants de se lancer dans une activité à perte", a expliqué une productrice de la région à Reporterre. Une situation partagée par de nombreux cultivateurs du plateau de Valensole.

La ruée vers les œufs

Pour compenser la baisse des revenus, de nombreux agriculteurs cherchent de nouvelles sources de revenu. Certains ont choisi des cultures alternatives comme les pistaches, les amandes ou les grenades. D’autres investissent dans la production d’œufs.

À Roumoules, petite commune des Alpes-de-Haute-Provence, l'implantation d’un élevage de 25 000 poules pondeuses est prévue. Un projet similaire est également en cours de réalisation dans le village voisin de Saint-Jurs. Les deux sont portés par la Compagnie Générale d’Agriculture (CGDA), une entreprise spécialisée dans la production d’œufs issus d’élevages en plein air et biologiques.

Les poules seront logées dans des bâtiments d’environ 2 000 mètres carrés et auront accès à des parcours extérieurs clôturés. Selon l’entreprise, ces élevages représentent une réponse à la demande croissante d’œufs, en hausse ces dernières années dans les supermarchés français.

La filière connaît en effet une phase de forte expansion. L’objectif du secteur est de construire des centaines de nouveaux élevages d’ici 2030 pour satisfaire une consommation en constante augmentation.

Un territoire divisé

Cette transformation ne convainc toutefois pas tout le monde. Dans les petites communes concernées par les projets, le débat grandit quant à l’impact de structures pouvant accueillir des dizaines de milliers d’animaux.

Parmi les principales préoccupations figurent le bien-être des poules, qui, durant les périodes d’alerte à la grippe aviaire, peuvent être contraintes de rester à l’intérieur pendant des semaines ou des mois, ainsi que les effets sur l’environnement.

Les nouveaux élevages verront en effet le jour dans une zone à haute valeur écologique, au sein du Parc naturel régional du Verdon et dans des espaces protégés par le réseau européen Natura 2000. C'est ici que vivent plusieurs espèces protégées d’oiseaux et d’autres organismes particulièrement sensibles aux altérations de leur habitat. 

Certains riverains critiquent également un modèle qui occupe de grandes surfaces mais génère peu d’emplois. "J’aurais préféré des activités agricoles diversifiées, capables de créer de l’emploi et de renforcer la vie de la communauté", a déclaré un résident de la région.

L’avenir de la Provence

La reconversion des champs de lavande raconte une histoire qui dépasse les frontières de la Provence. Elle est le reflet des difficultés que traversent de nombreuses zones rurales européennes, prises en étau entre la volatilité des marchés, le changement climatique et la nécessité de maintenir la viabilité économique des exploitations agricoles.

Pour de nombreux producteurs, la lavande reste un élément fondamental de leur identité. Mais l’attachement à la tradition ne suffit plus à garantir un revenu.

Ainsi, alors que les touristes continuent de photographier les étendues violettes du plateau de Valensole, le paysage agricole de la Provence change. Et avec lui évolue aussi le délicat équilibre entre économie, environnement et culture qui, pendant des décennies, a fait de cette région un lieu unique au monde.

Source : Reporterre.net

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