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Canicule en Europe : El Niño vraiment coupable ? À quoi s’attendre cet été

  • 29 juin 2026 14:51

Selon Ioanna Vergini, fondatrice de la plateforme météorologique WYF24, attribuer la vague de chaleur actuelle en Europe à El Niño risque de détourner l’attention de la cause principale : le réchauffement climatique. 

Des températures supérieures à 40 °C, des nuits tropicales, des incendies déjà largement répandus et des victimes qui s’ajoutent jour après jour. L’Europe occidentale est prise au piège de sa troisième vague de chaleur de 2026. Et alors que beaucoup pointent du doigt El Niño, d’autres experts invitent à regarder ailleurs : le véritable responsable est le changement climatique causé par les activités humaines.

En France, plus de la moitié des départements ont été placés en alerte rouge pour canicule. Les autorités ont appelé les citoyens à faire preuve d’une extrême prudence et à éviter l’exposition directe au soleil. Dans plusieurs régions du pays, les thermomètres ont dépassé les 40 °C et les températures nocturnes ne sont jamais descendues sous les 20 °C, donnant lieu à ce que l’on appelle des "nuits tropicales".

Le Royaume-Uni affronte lui aussi des conditions exceptionnelles. Le Met Office a émis une “alerte rouge canicule” dans plusieurs zones du centre et du sud de l’Angleterre ainsi qu’au Pays de Galles, où des pics allant jusqu’à 39 °C sont attendus. L’humidité élevée, qui accroît le stress thermique et les risques pour la santé, rend la situation encore plus dangereuse.

En Allemagne, en revanche, l’inquiétude grandit face aux incendies de forêt, en particulier dans les régions du sud et de l’est. Des villes comme Francfort, Stuttgart et Bonn se préparent à frôler les 40 °C dans les prochains jours.

El Niño : le coupable idéal ?

Début juin, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis a confirmé le développement de conditions favorables à El Niño dans le Pacifique tropical. La nouvelle a immédiatement attiré l’attention des médias, qui ont commencé à lier ce phénomène à la chaleur record actuelle en Europe. Selon de nombreux climatologues cependant, cette interprétation pourrait être trompeuse.

El Niño est un phénomène naturel qui se produit lorsque les eaux de surface du Pacifique oriental deviennent anormalement plus chaudes. Cela peut contribuer à augmenter la température moyenne mondiale et influencer les modèles météorologiques dans de nombreuses régions de la planète. Cependant, son impact direct sur les étés européens serait limité.

Le Pacifique ne se trouve pas actuellement dans une phase de forte activité El Niño et, même lorsque c’est le cas, son influence directe sur les vagues de chaleur estivales européennes est faible, explique Ioanna Vergini, fondatrice de WYF24.

Selon l’experte, ce que nous observons est plutôt un phénomène classique de blocage atmosphérique associé au courant-jet : une sorte de dôme de haute pression qui emprisonne l’air chaud pendant des jours ou des semaines.

Le dôme de chaleur est le mécanisme. Le réchauffement climatique à long terme en est l’amplificateur. "El Niño n’est pas vraiment en cause", affirme Vergini.

Où les effets d’El Niño se font-ils vraiment sentir ?

Lorsqu’El Niño se manifeste, ses effets les plus marqués se font sentir surtout dans les régions tropicales. Il peut provoquer des inondations dans certaines zones d’Amérique du Sud, comme le nord du Pérou, mais aussi dans des régions d’Afrique de l’Est et du sud des États-Unis. Parallèlement, il augmente le risque de sécheresse et d’incendies en Australie, en Indonésie et dans de vastes régions du continent sud-américain.

En Europe, en revanche, les conséquences ont tendance à être indirectes et se manifestent surtout en automne et en hiver, avec des saisons plus douces, plus humides et plus venteuses.

Les scientifiques rappellent qu’El Niño est un phénomène cyclique qui apparaît et disparaît, tandis que le changement climatique ne cesse de s’aggraver année après année. Historiquement, un épisode d’El Niño peut augmenter la température moyenne mondiale d’environ 0,2 °C. En comparaison, le réchauffement causé par l’homme a déjà élevé la température de surface de la planète d’environ 1,3 à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

C’est pourquoi, même lorsque El Niño entre en scène, ses effets s’additionnent à ceux d’une planète déjà en surchauffe.

À quoi s’attendre pour le reste de l’été ?

En attendant, l’Europe se réchauffe à une vitesse supérieure à la moyenne mondiale. Les températures européennes ont déjà augmenté d’environ 2,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, soit plus du double de la hausse moyenne enregistrée à l’échelle mondiale.

Selon les experts, les prochaines semaines pourraient être marquées par de nouvelles vagues de chaleur, entrecoupées de phases orageuses plus intenses que la normale. Dans un climat qui se réchauffe progressivement, les conditions favorables à la formation de "dômes de chaleur" deviennent en effet plus probables et plus persistantes. Cela se traduit par un risque accru de températures extrêmes et d’événements météorologiques violents, avec des orages, des chutes de grêlons et des pluies intenses concentrées sur quelques heures.

Quoi qu’il en soit, les scientifiques s’accordent sur un point : des étés comme celui que nous vivons deviennent de moins en moins exceptionnels et s’inscrivent de plus en plus dans la logique de la crise climatique.

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