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Huit tokis retrouvent le ciel du Japon, un symbole fort pour la nature

  • 02 juin 2026 10:50

Des décennies après leur disparition à l’état sauvage au Japon, huit ibis à crête, appelés localement "tokis", ont été relâchés dans la nature à Hakui, sur la côte de la mer du Japon. Cet envol très attendu s’inscrit dans un long travail de conservation mené sur l’île de Sado et marque une nouvelle étape pour cette espèce emblématique, autrefois considérée comme éteinte à l’état sauvage dans le pays.

Le toki, ou ibis à crête (Nipponia nippon), est un échassier gracile de 75 à 80 cm de long, au plumage blanc légèrement rosé, avec de spectaculaires reflets rose orangé sous les ailes lorsqu’il s’envole. Son long bec recourbé vers le bas et la peau nue rouge autour de ses yeux lui donnent une silhouette immédiatement reconnaissable, surtout lorsqu’il se découpe sur les rizières et les zones humides qu’il affectionne particulièrement.

Oiseau des paysages agricoles traditionnels d’Asie de l’Est, le toki fréquentait autrefois une grande partie du Japon, mais aussi des zones de la Chine et de la péninsule coréenne. Il se nourrit de petits poissons, d’amphibiens et d’invertébrés qu’il capture dans la boue des rizières et les mares, jouant un rôle d’indicateur de la bonne santé de ces milieux.

Au Japon, les tokis ont payé un lourd tribut à la chasse et à la transformation des campagnes : intensification de l’agriculture, drainage des zones humides et usage massif de pesticides ont progressivement détruit leur habitat et leurs ressources alimentaires. Dès les années 1970, l’espèce disparaît de l’île principale de Honshu et ne survit plus que sur l’île de Sado, au large de la côte nord-ouest.

Les derniers ibis sauvages japonais sont capturés pour tenter de lancer un programme d’élevage en captivité, mais le dernier individu indigène s’éteint en 2003 à Sado. Entre-temps, un tournant majeur survient : en Chine, l’espèce, que l’on croyait également disparue à l’état sauvage, est redécouverte au début des années 1980, ouvrant la voie à une coopération entre les deux pays.

En 1999, la Chine offre au Japon un couple de tokis pour soutenir un programme de reproduction artificielle. Les premiers succès en captivité dans le centre de conservation de Sado au début des années 2000 permettent d’envisager non plus seulement la survie de l’espèce en volière, mais son retour progressif dans les paysages ruraux.

C’est à Sado que se construit patiemment la renaissance du toki. En 2008, dix ibis élevés au centre de conservation sont relâchés dans la nature sur l’île. Depuis, les lâchers se poursuivent deux fois par an, tandis que des couples se reproduisent désormais à l’état sauvage. En 2020, on estimait à environ 450 le nombre de tokis revenus à la vie libre sur Sado, signe d’une population en voie d’autonomisation grâce à un taux de survie élevé.

Cette réussite doit beaucoup à la transformation des pratiques agricoles. Sur Sado, les autorités locales encouragent une riziculture "respectueuse du toki", avec réduction des pesticides, maintien de zones sous eau, création de micro-habitats et diversification de la faune aquatique. Un système de certification et de primes publiques valorise ce riz "toki-friendly", vendu plus cher que le riz conventionnel et compensant les pertes de rendement des agriculteurs. Cette alliance entre conservation et économie locale fait du toki un symbole de transition vers une agriculture plus respectueuse de la biodiversité.

Les huit ibis relâchés à Hakui, dans la région de Noto (centre-nord du Japon), ont été élevés et protégés au centre de conservation de Sado avant d’être transférés sur la côte nord. Leur envol a eu lieu lors d’une cérémonie publique, en présence du prince héritier Akishino, de la princesse Kiko et de responsables locaux, sous les applaudissements des habitants lorsque les oiseaux se sont éparpillés dans le ciel.

La symbolique est forte pour cette région durement touchée par le séisme de janvier 2024, qui a dévasté une partie de la péninsule de Noto et provoqué d’importants dégâts humains, matériels et patrimoniaux. La réintroduction d’une espèce longtemps disparue y est perçue comme un signe de renaissance, un rappel que les paysages et les communautés peuvent se reconstruire, en intégrant davantage les enjeux écologiques.

Au total, dix autres tokis attendent encore d’être relâchés à leur tour, ce qui devrait densifier progressivement la petite population sauvage de la région et créer, à terme, un nouveau noyau de présence de l’espèce en dehors de Sado.

Le retour du toki montre que des politiques publiques cohérentes, une coopération internationale et un travail de long terme avec les agriculteurs peuvent faire renaître une espèce au bord de l’extinction. Pour les visiteurs, Sado est devenue une vitrine de cette cohabitation réussie. Le parc "Toki no Mori Koen" et des observatoires sensibilisent le public à l’écologie de l’oiseau et aux règles d’observation respectueuse : garder ses distances, ne pas nourrir les oiseaux, rester discret, notamment en période de nidification. Au-delà du Japon, le toki illustre ce que pourrait être une nouvelle relation entre espèces menacées et activités humaines : non plus opposées, mais co-construites, avec des paysages agricoles pensés comme des habitats vivants.

 

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