Une étude menée sur 25 ans et basée sur près de 600 captures photographiques entre la Bolivie et le Pérou a révélé les secrets de l’Atelocynus microtis, le mystérieux "chien fantôme" de l’Amazonie.
Pendant longtemps, les habitants des forêts amazoniennes ont parlé d’un mystérieux canidé quasi invisible, une présence fantomatique capable d’alimenter les légendes locales et d’être comparée à des créatures mythologiques comme le Chupacabra. Il s’agit de l’Atelocynus microtis (le "renard à petites oreilles"), un petit prédateur qui, jusqu’à récemment, demeurait enveloppé de mystère en raison de sa nature particulièrement insaisissable.
L’étude : 25 ans de pièges photographiques entre Bolivie et Pérou
Aujourd’hui, une analyse publiée dans la revue Neotropical Biology and Conservation apporte un nouvel éclairage sur cette espèce. Ce travail est le fruit d’un quart de siècle d’observations de terrain menées entre les territoires boliviens et péruviens (notamment dans les régions de Madidi-Tambopata et des Llanos de Moxos). Il s’appuie sur 34 campagnes de suivi par pièges photographiques qui ont permis de collecter près de 600 images de l’animal. Les résultats ont démenti l’idée d’une espèce rare : la densité constatée, égale à 15 individus pour 100 km², place même le renard à petites oreilles devant le jaguar en termes de population, bien que cette espèce reste moins répandue que des carnivores de taille moyenne comme l’ocelot.
Portrait du renard à petites oreilles : pattes palmées et vision nocturne
D’un point de vue physique, l’animal présente une corpulence petite à moyenne. Sa longueur corps-queue peut atteindre environ un mètre, pour une hauteur au garrot d’environ 35 cm et un poids de 9 à 10 kg, les femelles étant généralement plus grandes que les mâles. Son museau rappelle celui d’un renard et ses oreilles sont courtes et arrondies. Son pelage, dense et sombre, varie entre le noir, le brun et le gris foncé sur le dos, avant de s’éclaircir pour adopter des nuances rousses sur le ventre. Deux caractéristiques le distinguent sur le plan évolutif : une légère palmure entre les doigts, utile dans les milieux boueux, et une couche réfléchissante située derrière la rétine (le tapetum lucidum) qui lui garantit une excellente vision, même dans l’obscurité.
Diurne, solitaire et éloigné des rivières : des habitudes surprenantes
Les pièges photographiques ont également permis de corriger une idée reçue sur ses habitudes. Contrairement à ce que l’on pensait, il ne s’agit pas d’un animal nocturne, mais d’une espèce active principalement le jour, avec un pic d’activité entre 6h et 12h. C’est un chasseur essentiellement solitaire, il est d’ailleurs rare que deux individus soient observés ensemble. Il se nourrit surtout de petits animaux (mammifères, reptiles, amphibiens, poissons, oiseaux, insectes) et complète son régime par des fruits. Curieusement, bien que ses pattes semi-palmées suggèrent un lien avec l’eau, il préfère les forêts d’altitude éloignées des rivières. C’est probablement ce choix d’un habitat reculé qui l’a rendu si difficile à observer pendant si longtemps.
Une population solide mais pas à l’abri
Les auteurs de l’étude avertissent toutefois que ces chiffres encourageants ne signifient pas que l’espèce soit à l’abri : sa survie dépend entièrement de la préservation de la forêt amazonienne. C’est pourquoi ils jugent essentiel de renforcer les zones protégées et de soutenir des modèles de développement durable au sein des territoires autochtones, afin de faire barrage à la déforestation.
