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Bienvenue au paradis des déchets : à Bali, les décharges sont à bout de souffle

  • 15 mai 2026 15:30

Dans l’imaginaire collectif, Bali est synonyme de plages immaculées et de nature tropicale luxuriante. Mais la réalité quotidienne raconte une tout autre histoire : environ 3 400 tonnes de déchets s’accumulent chaque jour sur l’île, habitée par 4,4 millions de personnes et visitée chaque année par quelque 7 millions de touristes.

Une pression énorme s’exerce sur un système de gestion déjà à bout de souffle. Depuis le mois d’avril, l’Indonésie a commencé à faire appliquer l’interdiction des décharges à ciel ouvert, une règle introduite dès 2013 mais jamais mise en œuvre de manière uniforme. Conséquence immédiate : le blocage de l’élimination des déchets dans la principale décharge de l’île, avec des déchets organiques qui s’entassent le long des routes et dans les quartiers.

Des décharges saturées et des déchets sans issue : le cas de Suwung

La décharge de Suwung, à Denpasar, recevait jusqu’à 1 000 tonnes de déchets par jour et a largement dépassé sa capacité depuis des années. Avec le durcissement de la réglementation, les autorités n’ont autorisé qu’un traitement limité jusqu’en juillet, sans toutefois proposer de solutions structurelles pour l’avenir. Le problème réside également dans la composition des déchets : environ 70 % sont des matières organiques, hautement instables. Selon les experts, cette fraction produit du méthane, un gaz qui augmente le risque d’incendies, d’explosions et même de glissements de terrain sur les sites de stockage. Des épisodes similaires se sont déjà produits, notamment l’effondrement d’une grande décharge près de Jakarta qui a fait sept victimes. 

Protestations et contradictions : ramasser les déchets sans savoir où les déposer

Le système traverse aussi une crise sur le plan social. Le 16 avril, des centaines d’éboueurs ont manifesté devant le bureau du gouverneur, dénonçant un paradoxe opérationnel : collecter les déchets mais n’avoir aucun lieu autorisé pour les déposer. Le gouvernement a promis la fermeture totale des décharges à ciel ouvert d’ici août, sans toutefois préciser d’alternatives immédiates. Parmi les pistes envisagées figurent des usines de valorisation énergétique (incinérateurs), mais leur mise en service prendra des années.

Un problème national : plastique, mer et gestion lacunaire

Le cas de Bali n’est que la partie émergée de l’iceberg. L’Indonésie produit plus de 40 millions de tonnes de déchets par an, dont près de 40 % sont des restes alimentaires et environ 20 % des plastiques. Seul un tiers est effectivement traité ou recyclé. Cette gestion insuffisante a fait du pays l’un des principaux responsables de la pollution marine à l’échelle mondiale : entre 200 000 et 550 000 tonnes de plastique finissent chaque année dans les océans via les fleuves et les décharges non contrôlées.

Un équilibre fragile, entre économie touristique et effondrement environnemental

Le contraste est flagrant : une île qui vit du tourisme international, mais qui peine à absorber l’impact des déchets qu’elle génère. Faute de stratégie immédiate et structurelle, le risque est de voir le modèle de développement de Bali s’effondrer, transformant ce paradis naturel en symbole mondial d’urgence environnementale.

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