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Abattre les animaux dits "nuisibles" ne marche pas : une étude révèle que la facture est 8 fois plus lourde que les dégâts causés

  • 26 avr. 2026 07:30

Pendant des années, cela a été considéré comme une solution quasi automatique : éliminer les animaux jugés nuisibles pour réduire les pertes économiques. Mais aujourd’hui, cette certitude vacille, et pas seulement d’un point de vue éthique, mais aussi scientifique. Une étude du Muséum national d’histoire naturelle, publiée dans la revue Biological Conservation, remet en cause l’ensemble du système de gestion des espèces considérées comme "nuisibles".

Les chiffres sont difficiles à ignorer. Chaque année, en France, environ 1,7 million d’animaux – renards, mustélidés, pies et corbeaux – sont abattus. L’objectif est de limiter les dégâts causés à l’agriculture et autres activités humaines. Pourtant, d’après l’étude, le coût total de ces opérations se situe entre 103 et 123 millions d’euros par an, tandis que les dommages réels ne dépassent pas 8 à 23 millions.

Plus on abat, moins on résout le problème

La donnée économique n’est qu’une partie du problème. L’aspect le plus frappant concerne l’efficacité même de cette stratégie. Les chercheurs ont analysé sept ans de données, en croisant le nombre d’animaux tués avec les dégâts déclarés sur différents territoires. Le résultat est sans appel : abattre davantage d’animaux ne réduit pas les dégâts.

Dans certains cas, la relation semble même inversée. Une augmentation des abattages est suivie, l’année suivante, d’une hausse des dégâts, signe que le système ne fonctionne pas comme prévu. De plus, les interventions ne s’avèrent même pas ciblées. Les zones les plus touchées ne sont pas forcément celles où les opérations d’abattage s’intensifient, ce qui rend l’ensemble de cette politique désordonnée et inefficace.

Des écosystèmes plus complexes qu’on ne le pense

Un autre élément clé concerne la stabilité des populations animales. Malgré les éliminations à grande échelle, de nombreuses espèces maintiennent des effectifs globalement stables dans le temps. C’est le cas de plusieurs oiseaux étudiés, mais aussi du renard roux, déjà analysé dans des travaux précédents. Cela s’explique par le fait que les écosystèmes réagissent.

Lorsqu’une population est réduite, des mécanismes naturels de compensation se mettent en place : hausse du taux de reproduction, déplacements, adaptations. Résultat, l’intervention humaine perd de son efficacité. Parallèlement, on fait abstraction des bénéfices écologiques rendus par ces espèces. Les corvidés contribuent à la dissémination des plantes, tandis que des prédateurs comme les renards et les mustélidés (belettes, fouines…) régulent les populations de rongeurs, protégeant ainsi indirectement les cultures.

Vers un changement d’approche

À la lumière de ces données, de plus en plus d’experts réclament un changement de paradigme. Il ne s’agit pas de nier les problèmes, mais de les aborder autrement. Des stratégies non létales, comme des systèmes de protection des cultures ou des dispositifs de dissuasion, pourraient permettre de réduire les dégâts sans perturber les équilibres naturels. Persister dans la voie actuelle revient à investir d’importantes ressources dans une solution qui, à l’épreuve des faits et chiffres à l’appui, ne fonctionne pas.

Source : MNHN

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