Une fois rejetés dans l’environnement, les PFAS (polluants éternels) se dégradent très difficilement et peuvent contaminer durablement l’air, les sols, les eaux et les organismes vivants. Mais une chercheuse aurait trouvé la parade...
Présents dans les poêles antiadhésives, les emballages alimentaires, les textiles imperméables, les mousses anti-incendie ou encore certains cosmétiques, les PFAS regroupent plusieurs milliers de substances chimiques synthétiques. Leurs propriétés — résistance à l’eau, aux graisses, à la chaleur et aux taches — ont favorisé leur utilisation dans de nombreux secteurs. Mais cette exceptionnelle stabilité a aussi un revers : une fois rejetés dans l’environnement, ils se dégradent très difficilement et peuvent contaminer durablement l’air, les sols, les eaux et les organismes vivants.
C’est pourquoi ils sont souvent surnommés les "polluants éternels" ou "forever chemicals" , en anglais. Leur élimination est à la fois complexe, coûteuse et encore largement limitée à des procédés lourds, comme l’incinération à très haute température.
Une avancée porteuse d’espoir pourrait toutefois venir d’une chimiste belge. Véronique Gouverneur, professeure à l’Université d’Oxford, et son équipe ont mis au point une méthode mécanochimique capable de décomposer plusieurs PFAS. La découverte serait née par hasard, après que les chercheurs ont constaté qu’un broyage réalisé avec des éléments en Téflon entraînait une récupération inattendue de fluor.
En reproduisant le phénomène, ils sont parvenus à casser les solides liaisons carbone-fluor qui rendent ces molécules si persistantes. Les premiers résultats sont prometteurs, avec une destruction pouvant atteindre 100% pour certains composés, ainsi qu’une récupération du fluor sous une forme potentiellement réutilisable. La méthode reste toutefois au stade expérimental et devra encore faire ses preuves à grande échelle, notamment dans les eaux et les sols contaminés.
En savoir plus
Cette découverte est née par hasard en laboratoire :
- L'équipe de Véronique Gouverneur travaillait sur une méthode permettant d’utiliser la fluorite sans produire de fluorure d’hydrogène, un gaz extrêmement dangereux.
- Un chercheur a constaté qu’il récupérait davantage de fluor qu’il n’en avait introduit.
- Explication : les joints de certains broyeurs à billes étaient en Téflon, lui-même un PFAS : le procédé était donc en train de les décomposer.
- L’équipe a ensuite testé une trentaine de PFAS et obtenu des rendements de destruction de l’ordre de 50 à 100%, avec récupération du fluor notamment sous forme de fluorure de potassium
La technique est qualifiée de mécanochimique : les PFAS sont broyés avec du phosphate de potassium, ce qui permet de casser leurs très fortes liaisons carbone-fluor. L’intérêt est double : détruire les "polluants éternels" et potentiellement récupérer le fluor pour le réutiliser.
Il faut toutefois nuancer la portée de cette découverte : il s’agit pour l’instant d’une méthode démontrée en laboratoire, particulièrement efficace sur les PFAS solides.
Ce n’est pas encore une solution industrielle immédiatement applicable à toute la pollution de l’eau ou des sols.
Les travaux ont été publiés dans Nature en 2025, après un premier développement de la chimie du procédé publié dans Science en 2023.
